Le temps pour soi n’est pas du temps perdu. C’est le temps pendant lequel le cerveau fait le travail qu’il ne peut pas faire quand vous le sollicitez : trier, relier, digérer, et produire les idées qui n’arrivent jamais devant un écran. Les personnes ambitieuses que j’accompagne ont presque toutes le même angle mort : elles traitent leurs loisirs comme une dépense qu’il faut justifier, alors que c’est l’un des investissements les plus rentables de leur semaine.
Je ne parle pas de « se détendre » au sens vague. Je parle d’activités choisies, pratiquées régulièrement, qui n’ont aucun autre but qu’elles-mêmes : un sport, un instrument, la marche, la cuisine, la lecture de choses qui ne servent à rien. Ce sont ces activités-là, précisément parce qu’elles ne servent à rien, qui rendent tout le reste possible.
À retenir
- Les meilleures décisions se prennent après une coupure, pas pendant une session de travail prolongée.
- Un loisir, c’est une activité qui n’a pas d’objectif de performance. Si vous la mesurez, ce n’est plus un loisir.
- Le temps pour soi se planifie comme le reste, sinon il est mangé par ce qui presse.
- Les personnes qui durent ont toutes quelque chose en dehors du travail où elles ne sont ni patron, ni expert, ni responsable.

Ce que le cerveau fait quand vous ne travaillez pas
Vous avez déjà vécu ça : une solution qui arrive sous la douche, en marchant, en conduisant, alors que trois heures devant le problème n’avaient rien donné. Ce n’est pas un hasard. Quand l’attention se relâche, le cerveau continue de travailler sur ce qui l’occupe, autrement, en reliant des choses qu’il ne relie pas sous pression. Supprimer ces moments, c’est supprimer la partie du travail qu’on ne voit pas, et se demander ensuite pourquoi on tourne en rond.
C’est aussi une question d’énergie, que je développe dans pourquoi votre sommeil décide de vos journées : un cerveau qui ne coupe jamais prend des décisions de plus en plus médiocres, sans s’en rendre compte, parce que la fatigue de décision ne se signale pas.
Ce qui compte comme du temps pour soi, et ce qui n’en est pas
Faire défiler son téléphone n’est pas du temps pour soi. C’est de la consommation passive qui fatigue autant qu’elle occupe. Regarder une formation « pour se détendre » non plus. Un vrai loisir a trois caractéristiques : vous l’avez choisi, il demande une forme d’engagement, corps ou attention, et il n’a pas d’objectif de performance. Le jour où vous commencez à mesurer votre course à pied comme un indicateur, elle change de catégorie. Ce n’est pas grave, mais il vous faudra alors un autre loisir.
Comment le protéger
1. Le mettre dans l’agenda
Un loisir qui n’a pas de créneau n’existe pas. Il sera pris par la relance à faire, le mail en retard, le client qui appelle. Bloquez-le comme un rendez-vous, avec une heure de début et une heure de fin. Deux ou trois créneaux par semaine suffisent pour commencer.
2. Choisir quelque chose où vous êtes débutant
Il y a une valeur particulière à faire quelque chose où l’on n’est ni bon, ni attendu, ni responsable. Un entrepreneur passe ses journées à être celui qui sait. Une heure par semaine à être celui qui apprend, sans enjeu, remet les choses à leur place et rend beaucoup plus tolérant à l’erreur, la sienne comme celle des autres.
3. Ne pas le justifier
Vous n’avez pas à expliquer à votre associé, à votre équipe ni à vous-même pourquoi vous faites du sport le mardi à midi. Le jour où vous commencez à justifier ce temps par sa productivité, vous le fragilisez : il sera supprimé à la première semaine où la justification ne tient plus. Le temps pour soi est légitime parce que vous l’avez décidé. Point.
Le signal à surveiller
Quand quelqu’un me dit qu’il n’a plus aucune activité en dehors du travail, je ne lui parle pas de loisirs, je lui parle de risque. Une personne dont toute l’identité repose sur son projet est une personne qui ne peut pas se permettre que le projet aille mal. Elle prend des décisions pour se protéger plutôt que pour avancer, elle ne supporte plus la critique, elle s’isole. Les loisirs font partie des huit domaines de vie que j’utilise pour faire un état des lieux, et une note basse dans ce domaine annonce en général des problèmes dans les autres.
Si vous ne savez pas par où commencer, reprenez quelque chose que vous faisiez avant, à l’époque où vous aviez « le temps ». Vous l’avez toujours. Vous avez seulement cessé de le protéger. Je développe la question des coupures dans déconnecter sans culpabiliser.
Questions fréquentes
Combien de temps pour soi faut-il par semaine ?
Moins qu’on ne croit, à condition qu’il soit régulier et entier. Deux ou trois créneaux d’une heure, tenus chaque semaine, changent déjà la qualité des décisions et de l’humeur. La régularité compte plus que la durée.
Je me sens coupable quand je ne travaille pas. Est-ce normal ?
C’est courant, et c’est le signe que vous avez lié votre valeur à votre production. La culpabilité diminue avec la pratique : quand on constate que les semaines avec du temps pour soi sont meilleures, y compris professionnellement, elle perd son fondement.
Quel loisir choisir quand on n’a aucune idée ?
Quelque chose de physique, sans écran, et où vous êtes débutant. La marche, la natation, un sport collectif, un instrument. Ce qui compte, c’est que ce soit choisi et sans objectif de performance.


